Oui, gangrené plutôt que musqué, mais enfin contraint, précontraint, comme du béton précontraint, et puis dévoré d’intérieur comme une souche d’arbre rongée par le sureau noir d’une discorde, un liquide démangeant, usurpant ses fibres, infiltrant son chêne, gangrené par la colonie ordinaire de ce type psychique condamné, qui nageait à la surface de glaise froide des autres comme flotterait sur le lit d’une rivière un casque de Spartiate ayant subi une entaille, un coup de poing décisif entre les yeux : les eaux vagues, les eaux de feu et dévoratrices de la folie musculaire, la roue musculaire vécue comme une rédemption, un prisme rédempteur pour le corps – la folie musculaire accompagnant et dérivant en une véritable folie sexuelle, la réplétion et le durcissement mythologique des muscles – surtout ceux du torse de fer blanc, les pectoraux bombés comme ceux du Spartiate vaincu, mais frémissants d’inclinations au combat des mâles-soldats décisifs, capitaux – la réplétion, oui, le durcissement mythique, solaire, vécus comme une attraction sexuelle, une roue sexuelle enfin achevée, un plaisir donné par son corps venant annuler le plaisir des autres corps – une vérité du corps enfin possédée, dans l’extase de son accomplissement dans le Muscle, dans la Vérité et la probité de diamant du Muscle capitonné, encapuchonné dans son désir et sa bataille du désir, dans son autisme disjonctif du désir, dans l’autisme de son désir propre (tendu, fibré, nerveux, apostoliquement coupable) –
toute l’abjection puérile du soleil de cuivre lézardé et de l’acier aux reflets blancs comme une clairière matinale, rouillé aux bords comme un vieux louis de mare ; et, au-delà de cette funeste étreinte, l’exercice musculaire vécu comme sexualité, comme un accomplissement de sensualité donnée, offerte, le reste de l’appendice de cette propriété du corps pur, n’ayant pas de jouissance en dehors de ses frontières charnelles, enfermé en lui-même comme dans un fortin, prisonnier de ses particules de peau : le Pouvoir politique comme objet de jouissance, de possession et de jeu, avec ses colifichets divers ; la fascination adolescente des milices ; la psychologie sommaire ou mièvre, et soudain burlesquement casquée ; l’aveu politique, nationaliste ou fasciste, ou les deux, et la hutte couvée de ce désir morbide ; l’idiome devenu peau, ou glaive, ou soleil blanc dans les yeux – enfin idiome sans Dieu ; la fuite des femmes ; l’organisation des bandes armées, réplétives, supplétives, mimétiques, buvant aux exemples d’abjection militaire ou politique les plus proches, les plus gonflés de sang : et une, deux, en marche sous les monts de bataille, derrière les palissades de jonc, dans la brume, avec ses compagnons moines-soldats pareillement délétères, pareillement demeurés dans une enfance jamais guérie, dans la fausse enfance du monde – parodique ; les mises en scènes narcissiques, le messianisme historique aux allures sans profondeur de pastiche à dessein, le désir jamais comblé de jouir de son jus blanc dans l’aisselle mouillée de la statue de l’Histoire, de faire son œuf, sa larve, une cloque de son jus intime sous le nœud de l’Histoire, là où elle bat – la manier aussi l’Histoire, comme argile anti-humaniste, poterie destructive ; la confession enfin en son fond avoué, révélé de faillite intime ; la faillite intime avouée :
le fond de ce désir-là, des milices tenues prêtes, des crucifixions de spectacle, des folies musculaires, de l’hédonisme malade, du fantasme de soi en bouclier ou muraille solaire, le fond de ce désir c’est-à-dire l’impossibilité d’accéder à l’autre être, l’impossibilité de désirer, d’aimer peut-être un autre que celui que l’on voudrait devenir, que l’on désirerait être, avec les membres duquel on voudrait vivre – vouloir devenir l’objet de son désir, et ne pas pouvoir désirer, vouloir devenir – die Ewige umkher – autre chose que cela. L’enfermement ; la claustration narcissique ; le pas-de-côté et l’éclosion qui n’apparaîtraient jamais. L’infamie (musculaire, bien sûr, l’infamie). « Cela ne suffit pas à nous consoler de notre abjection... » L’infamie sans phrases, l’infamie qui défie le langage (borduré).

(ajouter la Confession d’un Masque, le fond de l’homosexualité et du vouloir-devenir-l’objet-de son désir (faire une parenthèse sur la foie spécifique de novembre 2003, la liant à P. Legendre)

Banalité, immense banalité de Mishima (livre de Yourcenar)

Mais chez moi ce fantasme ébréché de complétion, de totalité enfin reconstituée, ce durcissement puéril de reître, de rétiaire, ne tenait pas bien longtemps, ne pouvait pas tenir bien longtemps. Très vite (L’infra-mâlitude clermontoise, uniquement dans le « gear », même sans politique / le tape-torse avec un autre mâle en Armour, le visionnage de films endurcissants, Mishima, etc.) le caractère dérisoire, l’immense dérision m’en apparaissait – et, aussi, la nullité, la puérilité morale : ressurgissait immédiatement le romantisme. Dans cette culmination grotesque, qui ne pouvait pas culminer, ressurgissait le romantisme de 2007, le romantisme du « Rêve de Cassandre » et de Blois, fameuse époque, heureux monde, le romantisme qui me constituait – le romantisme hétérosexuel qui me constituait, car le romantisme, comme vous le savez, est une hystérie masculine. Et c’était lui qui me sauvait, ce romantisme : cette mélancolie ; cette nostalgie : ce romantisme – au bon du compte ce malheur, mais combien supérieur, combien plus enthousiaste que l’impalpable et ridicule, dérisoire était le meilleur mot, apanage des muscles élancés, triomphateurs – que la poétique guerrière retrouvée par le corps, que la nullité spartiate au taquet. Resurgissait l’église aux fresques inouïes de Meslay-le-Grenet, sublimité féconde – ou celle d’Illiers, cet immense canot vénitien, doré par les marins, caché dans le noir du Perche.
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